LASK TWE

LASK TWE

S’il n’avait pas croisé cette caisse, la suite de l’histoire aurait pu être différente. 

Seulement voilà, ce jour quelque part au début des années 90, c’est sur un carton de bombes de peinture laissé là par des employés communaux que Lask est tombé…

Jusque là, c’est surtout la danse qui occupait son temps libre. Le graffiti et le tag ? Juste une discipline hip hop qu’il côtoyait depuis toujours mais sur laquelle il ne s’était jamais penché, même s’il est adroit crayons en main et gloutonne de la bande-dessinée depuis des années.

La caisse de bombes, donc.

De la bombe de marquage. Un peu brut pour commencer, mais assez pour lui donner envie d’aller poser quelques tracés. Jusqu’à épuisement du stock, Lask s’y appliquera. Rien de comparable avec le vandalisme furieux, mais une passion pour le spray qui commence à naître à mesure qu’il accompagne des proches faire leurs provisions de précieux liquide coloré. Lentement, des années durant, sous forme de tags et de flops, mais aussi et peut-être surtout après la découverte des pages glacées du mythique Subway Art, le démon du graffiti prend possession de lui. Mais pas encore assez pour abandonner la danse au profit des mains pleines d’encre.

Et puis vient la rencontre décisive de 2009.

Ce jour où, dans des conditions que l’histoire préfère oublier, Lask se heurte à un crew motivé comme une armée de mille hommes : les TWE.

Structurés à la manière d’une école d’arts martiaux, soumis à un code de conduite interne, les TWE envisagent le graffiti comme un groupement de disciplines graphiques (lettrages, personnages, couleurs, chromes..) où chacun d’eux excelle dans une voire plusieurs catégories. Comme un sport où entraînement et pratique intensifs sont la règle.Intégré au temple, Lask, l’autodidacte polyvalent bénéficie d’une formation accélérée, monte les marches quatre à quatre et, dans l’émulation de groupe, accumule autant d’expérience qu’en dix ans. A l’aise avec la lettre, il déferle sur les terrains vagues et les friches industrielles, punit les murs trop immaculés, ne freine devant aucun support. Le style est nerveux et percutant. Dans la jungle graphique, personnages et animaux incarnent l’humain avide de conquêtes et de batailles. Productions personnelles ou collectives, ce sont toujours les sept mêmes lettres en signature : LASK TWE.

Lask a déjà commencé à tâter de la toile quand arrive le 3 octobre 2010. Ce jour où les TWE organisent une block party avec musique, open-mic, restauration, mais surtout avec soixante-dix graffeurs débarqués bombes incandescentes pour illuminer les centaines de mètres de murs qui courent le long du canal de l’Ourcq. 

Autorisations ? Aucune. Incidents ? Aucun. Organisation ? 100 % TWE.

Dans le milieu, la détonation fait siffler les tympans et Lask se charge d’amplifier l’onde de choc en enfonçant les portes des festivals graffiti, utilisant le bélier si nécessaire

En parallèle de ses premières expositions, il joue de la bombe de manière officielle, prend d’assaut soixante pages du magazine Graff It avec les TWE et, en 2011, se charge de mettre de la couleur sur et dans la Mairie de Sevran. Une première en France qui, pendant six ans, attendra le passage des bulldozers et la destruction du bâtiment.

Jusqu’en 2017, Lask consomme plus de peinture et d’encre qu’une école d’art : organisation des festival “Walltiékar”, “93 Block”, “Street Festival Art”, invitation au “Meeting Of Styles” (LA référence mondiale du graffiti), son spray éclabousse reportages et documentaires, s’incruste dans des productions en 35mm, soude les maillons du hip hop quand le rap français s’empare de ses créations. En 2015 il accomplit son chef d’oeuvre en revisitant Marianne pour la Mairie de Sevran. Aujourd’hui encore, celle qu’il a rebaptisée “La Républicaine” toise les visiteurs dans le hall de l’Hôtel de Ville, symbolisant ce but recherché et atteint : faire couler l’art de rue dans les veines des collectivités locales.

En 2016, arrive la question de la suite. L’âge avançant, éviter les emmerdes inutiles devient la règle numéro un. 

En binôme avec son acolyte Itvan K, Lask ratisse d’abord les terrains pour y peindre les murs disponibles. Puis les deux s’arrêtent sur ces murs massifs qui trônent au coeur des cités de banlieue. Le support idéal pour le concept Darklines, une série d’immenses fresques contrastées où Itvan K. prend en charge les scénographies de fond, expose un thèmes et faits quand Lask en illustre les conséquences. Oppression, répression, exil forcé : les thèmes sont sombres et la couleur rare mais vive, les personnages désabusés ou déshumanisés.. Porté jusqu’à la place de La République, ou exécuté en parallèle de manifestations, le message est politique, révolté et révolutionnaire. Et quand il dérange, la censure frappe sous forme de repeinte immédiate. Le documentaire Fluctuat en sera témoin...

En 2016, sa toile Straight Outta Nature représentant le rapper Eazy-E aux prises avec la destruction de inexorable de l’environnement s’adjugera à Drouot, l’année suivante, Lask élargira son domaine peignable en participant à l’exposition “Som’Art” pour laquelle il réalise une quinzaine d’oeuvres sur… des matelas ! 

Jamais embarrassé de questions insolubles sur la nature du support, constamment attiré par l’originalité et la prise de risques, Lask aborde désormais le graffiti non plus comme un sport mais comme un art. Avec tout ce que cela impose en termes de réflexions sur ses propres créations et les idées qu’elles développent ou illustrent. Toujours marqué à l’encre indélébile du hip hop, son style s’est enrichi d’éléments extérieurs. La bombe n’est plus l’unique arme d’expression, l’aventure se poursuit aujourd’hui sur l’acrylique ou peinture à l’huile.

En duo avec Itvan K, Lask organise actuellement le rassemblement d’artistes autour du concept Black Lines. Émanation directe des leurs Darklines, ce conglomérat de visages masqués et de mains gantées réalisera une fresque molotov et insurrectionnelle autour des contestations qui secouent le monde.

Avec Lask, encre et peinture ont à peine le temps de sécher..

 

 

Les oeuvres de LASK TWE :